extrait d’une conversation privée :
« Samedi dernier dans l’après midi, alors que mes doigts pianotaient sur les boutons de l’autoradio de ma voiture, je suis malencontreusement tombé sur la fréquence d’Europe 1. C’est déjà dommage mais voilà que la voix que j’entends m’apparait tout de suite familière. Mais bien sûr ! C’est Aline ! Plus précisément Aline Afanoukoé, l’animatrice radio de Radio Nova, l’avant-gardisme musical, le sens du beat qui tue, l’épicerie fine de l’underground électro, les nuits zébrées en mode concerts gratuit le vendredi soir, que sais-je encore… Déjà, la surprise est de taille, parce que le transfert de Radio Nova à Europe 1 est assez étonnant en soi et j’étais passé à côté de cette info à la fin de l’été. Mais le plus dur est à venir. Le jingle dévoile le nom de l’émission : « Le Top 50″. Bon, ne soyons pas médisant, arrêtons de voir le mal partout me dis-je. C’est Aline quand même, vous savez, le sens du beat qui tue, l’épicerie fine etc…Bon alors, finalement c’est pas mal d’être tombé là-dessus. Elle va lancer la prochaine chanson : suspens…Et là, le monde s’écroule. J’en ai mal aux doigts de l’écrire : Sheryfa Luna – Je reviendrai.
Sans voix. C’est comme si j’apprenais que Paul Ariès avait racheté Ryan Air. C’est comme si j’apprenais que Jean Luc Mélenchon venait d’accepter le poste de ministre de l’économie dans le gouvernement Fillon. C’est comme si j’apprenais que José Bové devenait directeur de la communication de Monsanto. C’est comme si j’apprenais que Brassens était pédophile.
Passé cette déception teintée d’illusion perdue, retour à la raison, l’analyse rationnelle. J’imagine la scène :
« Bonjour Aline, assieds toi dans le fauteuil. Oui, le rail c’est pour toi, mets toi à l’aise. Voilà, ta notoriété dans le milieu de la musique radiophonique est telle que lorsqu’on on a construit la grille de programme avec le directeur de la programmation d’Europe 1, on a tout de suite pensé à toi. Ne sois pas gênée, pour nous, écoute, tu représentes l’avant-gardisme musical, le sens du beat qui tue, l’épicerie fine de l’underground électro. Voilà ce qu’on te propose Aline : une émission musicale hebdomadaire le samedi. Le nom est bouclé; c’est « Le Top 50″. Pour le salaire, on a eu la direction de Nova et on sait que t’es à X € l’émission. Bon, on ne te cache pas qu’on veut miser sur toi. Pour nous tu vaux beaucoup plus que ça, on te donnes 10X € l’émission. T’es notre gage de qualité, tu vois. Bon, pour le contenu, vu qu’on est sur une des 3 radios généralistes les plus écoutées et qu’il faut absolument qu’on fasse notre retard sur France Inter avant la fin 2009, notre plan d’action est le suivant : Tu nous balances du son qui fait mouiller les ados et qui plait au plus grand nombre. Comme ça, on se récupère la tranche 19-25 ans de Fun Radio et NRJ et si on s’en garde 50% pour les programme de la semaine, on a réussi notre pari, on baise la gueule à Inter et on commence à faire chier RTL. Voilà pour le contenu. Je te laisse signer ici. Super. Pour la technique, on te laisse voir ça avec la production, ils ont winamp et toutes les compils des tubes de l’été, t’en fais pas. Bon, merci Aline et on se revoit mi-novembre pour les résultats médiamétrie. »
L’argent corrompt tout, pourquoi l’intégrité musicale ferait exception ?«
L’ami, je n’aurais trouvé mots plus justes. Ici je rend hommage à ton phrasé dont je me délecte. Je troquerai volontiers un « on est mal » contre un « et ben putain, il était temps » un jour avec toi. Ton nom est tu volontairement mais il suffit d’un iota htmlesque pour réparer ça.